COP – Conférences des Parties Les Conférences des Parties (COP)
COP – Conférences des Parties

Les Conférences des Parties : comprendre les COP

Comprendre les COP en un coup d'oeil

De la COP1 à la COP30 : une négociation climatique permanente

Le terme COP désigne les Conférences des Parties, c'est-à-dire les réunions annuelles des 198 Parties à la Convention-Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) .

Depuis la COP1 en 1995, les États se retrouvent chaque année pour :

  • négocier de nouveaux engagements climatiques ;
  • renforcer l'ambition en matière d'atténuation et d'adaptation ;
  • définir les mécanismes de financement au profit des pays les plus vulnérables.

La dernière conférence tenue est la COP30, organisée en Amazonie en 2025, moment décisif marqué par des débats intenses sur la justice climatique, la diplomatie et la refonte du financement international du climat.

Dans cette publication, nous proposons une mise en perspective du rôle des COP : comment elles ont évolué, quels enjeux structurent les négociations, et comment les dernières conférences influencent la dynamique climatique mondiale.

Panorama des dernières COP

Aperçu rapide des quatre dernières Conférences des Parties et lien vers les analyses complètes de l'IESD.

COP30 – Belém, Amazonie (2025)

COP axée sur la justice climatique, la protection des forêts et les nouveaux engagements de finance climat.

Voir l'analyse COP30

COP29 – Bakou (2024)

Conférence du NCQG, centrée sur le financement climat et la vulnérabilité des PMA.

Voir l'analyse COP29

COP28 – Dubaï (2023)

Année du premier Bilan mondial, marquée par les débats sur la sortie des énergies fossiles.

Voir l'analyse COP28

COP27 – Sharm el-Sheikh (2022)

COP des Pertes et dommages, avec la création historique d'un fonds dédié aux pays les plus touchés.

Voir l'analyse COP27
    Institut Européen des Sciences du Développement (IESD) – Paris
    Vue d’ensemble d’une session plénière de la COP29 à Bakou
    Vue d’ensemble d’une session plénière de la COP.

    Les Conférences des Parties (COP) constituent aujourd’hui le pilier central du régime climatique international instauré par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Véritable laboratoire mondial de gouvernance, elles représentent l’interface entre la science, la diplomatie et la finance climatique.

    Chaque année, 197 États Parties y négocient les orientations globales visant à stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre, en s’appuyant sur les travaux du GIEC et sur un corpus normatif complexe (objectifs nationaux, mécanismes de marché, transparence, financement). Les COP incarnent un espace où la science du climat est traduite en engagements politiques et financiers concrets.

    Pour les chercheurs seniors, les COP sont un terrain d’analyse privilégié de la gouvernance environnementale, des rapports Nord-Sud et des dynamiques institutionnelles. Pour les jeunes chercheurs, elles constituent une porte d’entrée vers la compréhension des enjeux structurels du développement durable, en particulier pour les Pays les Moins Avancés (PMA).

    1) Genèse et contextes mondiaux

    1.1. De Rio à Paris : l’émergence d’un bien public mondial

    Négociations internationales lors d'une COP
    La diplomatie climatique à l’œuvre — échanges entre délégations lors d’une session plénière.

    La reconnaissance du changement climatique comme bien public mondial s’opère en 1992 lors du Sommet de la Terre de Rio, avec l’adoption de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC/UNFCCC). La Convention fixe un objectif cardinal : stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique.

    Avant Rio, la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, dite Commission Brundtland (1987), avait posé les bases intellectuelles et politiques du concept de développement durable. Son rapport « Notre avenir à tous » a introduit l’idée d’une solidarité intergénérationnelle et d’une gouvernance planétaire partagée, préfigurant les futurs principes de la CCNUCC et le cadre des Conférences des Parties. Cette approche a ouvert la voie à une articulation entre croissance, environnement et équité — fondement même de la diplomatie climatique moderne.

    Ce texte fondateur institue un régime coopératif, dépourvu d’autorité centrale, mais fondé sur la négociation permanente et la progression d’ambition des engagements nationaux. Chaque Conférence des Parties (COP) devient ainsi une arène diplomatique majeure, où la science du climat, la géopolitique et la finance internationale se croisent. Ce processus séquentiel de concertation a permis de construire, au fil du temps, un laboratoire mondial de gouvernance climatique où se redéfinissent les rapports Nord–Sud et les principes de responsabilité partagée.

    Les premières années de la CCNUCC ont permis de définir les mécanismes institutionnels de la diplomatie climatique : secrétariat permanent, Conférences annuelles, et groupes ad hoc de négociation. La lente construction de la confiance multilatérale a constitué un préalable essentiel à la signature du Protocole de Kyoto en 1997, puis à la reconnaissance des contributions nationales (NDC) dans l’Accord de Paris en 2015. Ces jalons traduisent la difficulté d’articuler ambition scientifique, volonté politique et équité entre pays développés et en développement, un équilibre au cœur des COP contemporaines.

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    1.2. Justice climatique et responsabilités communes mais différenciées (RCMD)

    Négociations internationales lors d'une COP
    Rio 1992 : moment constituant du régime climatique — adoption de la CCNUCC et des principes d’équité.

    Le principe des responsabilités communes mais différenciées (RCMD) constitue l’un des fondements éthiques et juridiques du régime climatique international. Énoncé à Rio en 1992, il reconnaît que tous les États partagent la responsabilité de protéger le système climatique, mais que leurs obligations doivent être modulées selon leurs contributions historiques aux émissions et leurs capacités économiques et technologiques.

    Ce principe a permis d’établir une distinction structurante entre pays industrialisés (Annexe I) et pays en développement (non-Annexe I). Les premiers doivent prendre l’initiative de la réduction des gaz à effet de serre et soutenir les seconds par des mécanismes financiers et un transfert de technologies adapté à leurs besoins. Cette différenciation traduit la volonté de concilier justice environnementale et solidarité internationale.

    Toutefois, les interprétations divergentes de la RCMD ont souvent constitué un point de tension dans les négociations. Les pays du Sud y voient une obligation morale et historique des nations du Nord à financer les transitions énergétiques et les politiques d’adaptation, tandis que les pays industrialisés plaident pour une redéfinition dynamique du principe, intégrant les émergents (Chine, Inde, Brésil) comme acteurs à part entière du partage de l’effort mondial.

    La justice climatique s’est imposée comme un prolongement conceptuel de la RCMD, en mettant l’accent sur la réparation des inégalités environnementales et le droit au développement. Elle propose une lecture intersectionnelle du climat, où les vulnérabilités économiques, sociales et géographiques doivent être articulées à la responsabilité des pollueurs historiques. Les pays les moins avancés (PMA) et les petits États insulaires (PEID) invoquent ce principe pour réclamer un accès préférentiel aux financements climatiques et une représentation équitable dans les instances de gouvernance.

    Négociations internationales lors d'une COP
    Plénière du GIEC : la science comme boussole — adoption des résumés pour décideurs.

    Dans le cadre de l’Accord de Paris (2015), la RCMD reste présente mais sous une forme plus souple, incarnée dans la formule « RCMD à la lumière des différentes capacités nationales ». Ce glissement traduit la difficulté d’adapter un principe de justice statique à un monde multipolaire, où les équilibres économiques et géopolitiques évoluent rapidement. Le débat sur la responsabilité différenciée reste donc central pour comprendre les blocages et les compromis des COP contemporaines.

    Enfin, l’application opérationnelle de la RCMD passe par des instruments tels que le Fonds vert pour le climat, les mécanismes de développement propre et, plus récemment, le Fonds pour pertes et dommages adopté à la COP27. Ces dispositifs traduisent, dans le champ des politiques publiques, la volonté de donner un contenu concret à la justice climatique, tout en maintenant le dialogue entre solidarité internationale et souveraineté nationale.

    Le GIEC fournit la base empirique et probabiliste des décisions, sans prescrire de politiques. Ses rapports d’évaluation structurent l’agenda : scénarios d’émissions (RCP/SSP), budgets carbone compatibles avec 1,5–2 °C, diagnostics d’impacts régionaux, et options de réponses. Cette “science en mode synthèse” agit comme une boussole qui réoriente les négociations.

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    2) Historique analytique des Conférences des Parties (COP)

    2.1. Kyoto (COP3, 1997) – L’ère des engagements contraignants

    Effet de serre : le Protocole de Kyoto — objectifs de réduction des émissions (base 1990))
    Effet de serre : le Protocole de Kyoto — objectifs de réduction des émissions (base 1990)

    Le Protocole de Kyoto constitue la première tentative d’imposer des budgets d’émissions contraignants aux pays de l’Annexe I, assortis de mécanismes de flexibilité (MDP, MOC, échanges de quotas). L’objectif était d’obtenir des réductions mesurables et vérifiables selon une logique « top–down ». La non–ratification des États–Unis a toutefois signalé une fragmentation politique et économique du régime, révélant les limites d’un modèle centralisé face à des intérêts énergétiques divergents.

    Attentes des PMA : reconnaissance de leur vulnérabilité structurelle, accès aux financements d’adaptation, développement des capacitations (MRV, inventaires) et transferts de technologies à faible coût d’accès. Acquis : émergence d’un cadre pour l’adaptation (Fonds pour les PMA, PANA) et premières expériences d’ingénierie institutionnelle (unités d’exécution, points focaux techniques).

    Rôle anticipé des émergents : à Kyoto, la différenciation stricte Nord/Sud a laissé hors contrainte les émissions rapides de la Chine, de l’Inde ou du Brésil. Cela a créé un angle mort sur la dynamique des émissions globales et préfigurer l’exigence, à venir, d’une universalisation graduelle des obligations à mesure que leurs capacités économiques et technologiques s’accroissent.

    2.2. Bali → Durban : feuille de route vers l’universalité

    De Bali à Durban — feuille de route vers l’universalité
    De Bali (2007) à Durban (2011) — vers une gouvernance climatique applicable à tous.

    La Feuille de route de Bali (2007) a ouvert un cycle de négociations incluant tous les pays, amorçant une sortie de la dichotomie rigide Annexe I / non–Annexe I. Copenhague (2009), malgré ses limites, a fait émerger l’idée de promesses nationales et de coopérations de circonstance. Durban (2011) a formalisé la perspective d’un accord applicable à tous, préfigurant la convergence vers Paris.

    Attentes des PMA : rendre l’universalité opérationnelle via des fenêtres de financements prédictibles (Fonds vert pour le climat), des dispositifs d’adaptation traçables, et une équité d’accès aux technologies à coût réduit.

    Acquis : consolidation des cadres MRV, structuration de groupes PMA/PEID dans l’arène diplomatique, et meilleure visibilité des besoins d’adaptation à long terme.

    Rôle anticipé des émergents : prise de leadership dans des coalitions thématiques (énergies renouvelables, efficacité énergétique), montée en puissance des coopérations Sud–Sud, co–financement de projets régionaux résilients, et participation accrue aux marchés carbone structurés (infrastructures de méthanisation, hydrogène vert, interconnexions électriques).

    2.3. Paris 2015 : bascule « bottom–up» (NDC), cible 1,5–2 °C et dynamique politique

    Accord de Paris (2015) – un nouveau paradigme d’action climatique universelle.
    Accord de Paris (2015) – un nouveau paradigme d’action climatique universelle.

    L’Accord de Paris consacre une gouvernance par NDC (contributions déterminées au niveau national), avec revues quinquennales, cadre de transparence et rehaussement d’ambition progressif. La cible 1,5–2 °C devient l’horizon politique global. La sortie des États–Unis (2017) puis leur ré–adhésion (2021) ont rappelé le poids financier, technologique et symbolique de cette puissance dans l’économie politique du climat.

    Attentes des PMA :

    • Rendre effectives les promesses de 100 Mds USD/an (puis leur rehaussement).
    • Simplifier l’accès aux fonds (accréditation, pipelines bancables).
    • Financer l’adaptation au même rang que l’atténuation.
    • Déployer un renforcement des capacités (inventaires, systèmes d’alerte précoce, banques de données climatiques).

    Acquis : mécanismes de transparence (ETF), reconnaissance politique de l’équité et des Pertes & Dommages comme enjeu à part.

    Rôle anticipé des émergents :

    • Rehausser leurs NDC en cohérence avec des trajectoires compatibles 1,5–2 °C.
    • Pivoter leur mix énergétique (charbon → renouvelables/nucléaire/hydrogène).
    • Contribuer davantage aux fonds multilatéraux.
    • Structurer des chaînes de valeur Sud–Sud (matériaux critiques, composants solaires, raffinage d’hydrogène vert) au service des régions PMA.
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    2.4. Madrid – Glasgow : consolidation du marché carbone et défi financier

    Négociations à la COP25 de Madrid
    Séance plénière à la COP25 (Madrid, 2019) : vers une clarification des mécanismes de marché du carbone.

    À Madrid (COP25, 2019), la diplomatie climatique s’est concentrée sur les mécanismes de marché et la coopération internationale (Article 6.2 et 6.4). Le débat sur la double comptabilisation et la transparence des crédits carbone a mis en évidence un risque majeur : celui d’un système dominé par les grandes économies au détriment des PMA. Ces derniers ont plaidé pour que les marchés carbone incluent un mécanisme de redistribution équitable, où une part des revenus alimenterait le Fonds pour l’adaptation. Ce plaidoyer a constitué un premier acquis politique, bien que non contraignant.

    La COP26 de Glasgow (2021) a marqué une relance diplomatique majeure après la pandémie de COVID-19. Le Pacte de Glasgow a consolidé le cadre des marchés carbone et officialisé la cible de 1,5 °C comme horizon politique mondial. Toutefois, les promesses financières non tenues ont miné la crédibilité du processus : l’objectif des 100 milliards USD/an n’a pas été atteint, et les dispositifs de soutien technique aux PMA sont restés fragmentés.

    Acquis : de cette période résident principalement dans la reconnaissance du concept de transition juste, la montée en puissance des financements verts privés et la structuration du dialogue entre États et acteurs non étatiques (villes, entreprises, ONG). Ces évolutions ouvrent la voie à une gouvernance plus inclusive, où les collectivités et les acteurs privés deviennent des leviers de mise en œuvre du climat.

    Attentes des PMA

    Les attentes des pays les moins avancés (PMA) concernent surtout l’opérationnalisation du Fonds pour les pertes et dommages, la simplification des accès financiers et la reconnaissance de la dette climatique. Les PMA demandent une architecture plus prévisible et transparente, permettant un accès direct aux fonds multilatéraux sans intermédiaires financiers, ainsi qu’un renforcement de leurs capacités nationales.

    Rôle anticipé des émergents

    Les pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, Indonésie) sont appelés à jouer un rôle de pont entre le Nord et le Sud. En tant qu’économies intermédiaires, ils disposent de capacités techniques et financières leur permettant de favoriser des transferts Sud–Sud et de développer des fonds régionaux pour la décarbonation et l’adaptation. Leur engagement dans le Pacte de Glasgow préfigure une diplomatie climatique multipolaire où le leadership se partage entre blocs, plutôt que d’être imposé unilatéralement.

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    2-5 Synthèse analytique

    Axes Attentes des PMA Acquis récents Rôle anticipé des émergents
    Gouvernance Accès direct aux fonds, participation aux décisions Inclusion des PMA dans le Comité des pertes & dommages Médiation entre blocs Nord/Sud
    Finance Allègement de la dette climatique, simplification des procédures Engagement du Fonds pour les pertes & dommages Développement de fonds régionaux climatiques
    Technologie Transferts Sud–Sud, renforcement des capacités Plateformes de partage de savoir–faire Leadership technique dans l’énergie solaire et les réseaux
    Diplomatie Reconnaissance du rôle des PMA comme acteurs normatifs Participation accrue dans les négociations Leadership moral et scientifique croissant

    3) Éléments stratégiques d’une COP – la « machinerie »

    3.1. Segmentation institutionnelle : du technique au politique

    articulation science → mise en œuvre, avant validation ministérielle
    SBSTA / SBI : articulation science → mise en œuvre, avant validation ministérielle.

    Une Conférence des Parties (COP) ne se limite pas à une annonce politique finale ; elle repose sur une séquence institutionnelle très structurée. Les pré-sessions réunissent les groupes techniques régionaux et thématiques, qui préparent les projets de texte. Ces espaces préliminaires sont essentiels pour les Pays les Moins Avancés (PMA) et les petits États insulaires, qui y coordonnent des positions communes sur l’adaptation, les pertes et dommages, ou les financements.

    Pendant la COP, les organes subsidiaires — le SBSTA (organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique) et le SBI (organe subsidiaire de mise en œuvre) — assurent la traduction des signaux scientifiques en options négociables. Enfin, le segment ministériel intervient en fin de processus pour valider les arbitrages politiques et adopter la cover decision, qui constitue la lecture politique officielle de la COP.

    Pour les PMA, l’enjeu est d’inscrire leurs priorités dans les textes avant la phase ministérielle, là où les rapports de force s’accentuent. Les pays émergents (Inde, Brésil, Afrique du Sud, etc.) utilisent ces différents niveaux pour se positionner comme médiateurs entre Nord et Sud : ils insistent sur la justice climatique et la responsabilité historique, tout en présentant des trajectoires de transition énergétique compatibles avec la croissance.

    3.2. Instruments et outils normatifs

    Documents NDC et rapports de transparence présentés en plénière
    NDC, MRV / ETF, Article 6 : l’ossature de mise en œuvre de l’Accord de Paris.

    La machinerie d’une COP repose sur un ensemble d’instruments normatifs qui rendent l’action climatique mesurable, comparable et (en théorie) vérifiable. Les NDC (contributions déterminées au niveau national) fixent les objectifs de réduction d’émissions, d’adaptation et de soutien financier. Les stratégies de long terme (LTS) décrivent les trajectoires économiques à l’horizon 2050.

    Le système de mesure, rapport, vérification (MRV), évolué vers le cadre de transparence renforcé (ETF), impose des obligations de reporting plus homogènes. Les mécanismes de l’Article 6 (6.2 / 6.4) encadrent la coopération internationale et les marchés carbone. Ces outils servent théoriquement à fluidifier la décarbonation mondiale, mais ils créent aussi un risque d’asymétrie : les pays disposant d’une forte capacité technique captent une partie disproportionnée des flux financiers.

    Les PMA soulignent un problème structurel : sans soutien massif au renforcement institutionnel (statistiques climat, inventaires d’émissions, capacités juridiques), ils ne peuvent pas répondre aux exigences du MRV / ETF. Les pays émergents, eux, se positionnent de plus en plus comme fournisseurs de solutions Sud–Sud : partage de technologies solaires, électrification rurale, modèles de marchés carbone volontaires.

    3.3. Acteurs, coalitions et diplomatie climatique

    Réunion de coordination entre délégations du G77 et des PMA
    Coordination Sud globale : G77 + Chine, PMA, AOSIS, BASIC.

    La gouvernance climatique repose sur des coalitions plus que sur des blocs fixes. Le G77 + Chine porte la revendication de justice climatique et d’accès équitable au financement. Le groupe des PMA insiste sur la vulnérabilité structurelle (montée du niveau marin, chocs agricoles, santé publique). L’AOSIS, alliance des petits États insulaires, pousse la rhétorique de la survie physique à court terme.

    Les pays dits émergents (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud, Indonésie) articulent une position stratégique : ils refusent qu’on leur impose les mêmes obligations que les pays historiquement industrialisés, tout en se présentant comme des acteurs pivots capables de financer ou de cofinancer des solutions régionales. L’Union européenne, les États-Unis et les pays du BASIC tentent ainsi d’écrire les règles futures en se présentant comme partenaires indispensables.

    Cette diplomatie à géométrie variable fait des COP des espaces où l’expertise juridique, l’ingénierie financière et la durabilité des alliances politiques comptent autant que la rhétorique morale.

    3.4. Les résultats (« outputs ») d’une COP

    Document de décision finale d’une COP avec annotations
    Documents finaux : décisions opérationnelles, programmes de travail, bilan mondial (GST).

    Une COP se termine toujours par un corpus délibéré appelé outputs. On y trouve : des décisions techniques et opérationnelles (par exemple sur les modalités de transparence), des programmes de travail (adaptation, transition juste, pertes et dommages), et le bilan mondial (Global Stocktake, GST), qui mesure l’écart entre les trajectoires réelles et les objectifs climatiques (1,5 °C, 2 °C).

    Les PMA cherchent à inscrire dans ces sorties finales l’accès direct à la finance climat, la reconnaissance des pertes irréversibles, et des clauses d’adaptation spécifiques à leur réalité sociale (agriculture pluviale, santé publique, insécurité alimentaire). Les pays émergents, eux, tentent de formaliser des programmes sectoriels (solaire, hydrogène, industrialisation bas carbone) qui renforcent leur statut de hubs technologiques du Sud global.

    3.5. Encadré méthodologique : comment lire une décision COP ?

    Une décision COP suit presque toujours la même structure : (1) un préambule qui rappelle la base juridique (Convention climat, Protocole de Kyoto, Accord de Paris) ; (2) un dispositif opérationnel numéroté (« prie instamment », « décide », « demande au secrétariat de »), qui constitue le coeur exécutoire ; (3) des annexes qui fixent les méthodes, tableaux de suivi, indicateurs ou calendriers de travail.

    Pour un jeune chercheur, lire ces textes implique d’identifier : la portée juridique réelle (quel verbe est utilisé), le mandat attribué (par exemple au SBSTA ou au SBI), et les renvois croisés entre décisions antérieures. C’est une compétence centrale pour comprendre la gouvernance climatique et suivre l’évolution des rapports de force entre pays industrialisés, pays émergents et PMA.

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    3.6. Synthèse analytique : gouvernance, finance, technologie, diplomatie

    Axes Attentes des PMA Acquis récents Rôle anticipé des émergents
    Gouvernance Accès direct aux fonds climat et participation plus forte aux espaces de décision formels (Comité pertes & dommages, programmes d’adaptation, bilan mondial). Inclusion plus visible des PMA dans les organes techniques ; reconnaissance explicite de leur vulnérabilité structurelle dans les textes finaux de plusieurs COP. Les pays émergents deviennent des courroies de transmission entre Nord et Sud en COP, en se présentant comme des acteurs capables de traduire les revendications de justice climatique en cadres négociables.
    Finance Allègement / restructuration de la dette climatique ; financements prévisibles pour l’adaptation, pas uniquement pour l’atténuation ; procédures de déblocage simplifiées. Engagement en faveur d’un Fonds pour les pertes et dommages ; multiplication des annonces sur les financements climat, même si les décaissements restent inférieurs aux promesses. Mise en place de fonds climatiques régionaux Sud–Sud, cofinancés par certains États émergents (ex. : énergies renouvelables, infrastructures résilientes).
    Technologie Transferts technologiques concrets (solaire, stockage, adaptation agricole) et renforcement des capacités locales pour suivre / mesurer / rapporter les données climat. Montée des plateformes de partage de compétences techniques (MRV, ETF) et programmes de renforcement des capacités soutenus par des fonds multilatéraux. Leadership croissant de certains États émergents dans le solaire, l’hydrogène, l’électrification décentralisée et les outils de suivi des émissions. Ils deviennent fournisseurs de solutions techniques au Sud global.
    Diplomatie Reconnaissance des PMA non seulement comme victimes du changement climatique, mais comme acteurs normatifs à part entière capables de proposer des standards. Participation accrue des PMA dans les négociations sur les pertes et dommages, l’adaptation et la transition juste ; visibilité politique plus forte en plénière. Les États émergents revendiquent un leadership moral et opérationnel face aux pays industrialisés : ils se positionnent comme porte-parole du Sud global tout en pesant sur les règles de marchés carbone, de finance climat et d’industrialisation bas carbone.
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    4) Enjeux mondiaux transversaux

    Graphique global du budget carbone mondial
    Visualisation du budget carbone mondial et des trajectoires d'émissions.

    Les enjeux mondiaux transversaux regroupent l’ensemble des problématiques qui dépassent les frontières nationales et nécessitent une coopération internationale pour être résolues. Ces enjeux s’entrecroisent et se renforcent, influençant directement la stabilité économique, sociale et environnementale du globe.

    Parmi ces défis, on compte la lutte contre le changement climatique, la gestion durable des ressources naturelles, la transition énergétique, la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau potable, la préservation de la biodiversité, et la réduction des inégalités sociales. Ces questions sont interconnectées : par exemple, la dégradation des écosystèmes affecte directement les conditions de vie, la santé et les migrations humaines.

    Dans ce contexte, la gouvernance mondiale joue un rôle central. Les institutions internationales — telles que l’ONU, la Banque mondiale, le FMI, ou encore les différentes COP — visent à coordonner les politiques publiques, à promouvoir les investissements verts et à assurer un suivi des engagements pris par les États. L’objectif est de construire une approche intégrée du développement durable, conciliant progrès économique et respect des limites planétaires.

    Enfin, les acteurs non étatiques (ONG, entreprises, société civile, collectivités locales) participent de plus en plus activement à la définition et à la mise en œuvre des stratégies globales. Cette évolution témoigne de la reconnaissance du rôle collectif dans la réponse aux crises mondiales et du besoin d’une gouvernance partagée.

    4.1. Atténuation : la contrainte du budget carbone

    Secteurs énergétiques à fortes émissions
    Les secteurs « hard-to-abate » demeurent au centre des débats climatiques.

    Les enjeux mondiaux transversaux regroupent l’ensemble des problématiques qui dépassent les frontières nationales et nécessitent une coopération internationale pour être résolues. Ces enjeux s’entrecroisent et se renforcent, influençant directement la stabilité économique, sociale et environnementale du globe.

    Parmi ces défis, on compte la lutte contre le changement climatique, la gestion durable des ressources naturelles, la transition énergétique, la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau potable, la préservation de la biodiversité, et la réduction des inégalités sociales. Ces questions sont interconnectées : par exemple, la dégradation des écosystèmes affecte directement les conditions de vie, la santé et les migrations humaines.

    Dans ce contexte, la gouvernance mondiale joue un rôle central. Les institutions internationales — telles que l’ONU, la Banque mondiale, le FMI, ou encore les différentes COP — visent à coordonner les politiques publiques, à promouvoir les investissements verts et à assurer un suivi des engagements pris par les États. L’objectif est de construire une approche intégrée du développement durable, conciliant progrès économique et respect des limites planétaires.

    Enfin, les acteurs non étatiques (ONG, entreprises, société civile, collectivités locales) participent de plus en plus activement à la définition et à la mise en œuvre des stratégies globales. Cette évolution témoigne de la reconnaissance du rôle collectif dans la réponse aux crises mondiales et du besoin d’une gouvernance partagée.

    Les tensions entre impératifs économiques et environnementaux traduisent la complexité de la transition mondiale. La recherche d’un équilibre entre croissance et soutenabilité reste un enjeu crucial : certains pays tentent de développer des modèles de « croissance verte » tandis que d’autres défendent une approche de sobriété planifiée. Les inégalités de capacités financières et technologiques entre Nord et Sud accentuent encore ces divergences, notamment dans les négociations internationales sur le climat et la biodiversité.

    Pour les pays en développement, l’enjeu est de ne pas reproduire les trajectoires carbonées des pays industrialisés. Le risque est de se retrouver enfermés dans des infrastructures à fortes émissions importées, freinant la décarbonation à long terme. Dans le même temps, certains acteurs émergents font de la transition écologique un instrument de puissance diplomatique, en investissant massivement dans les énergies renouvelables, les métaux critiques et les innovations bas carbone. Ce nouvel équilibre géopolitique redéfinit les rapports de force autour du climat.

    4.2. Adaptation : du GGA aux métriques de résilience

    Adaptation climatique sur le terrain
    Mesure de la résilience des systèmes agricoles face aux risques climatiques.

    Les enjeux mondiaux transversaux regroupent l’ensemble des problématiques qui dépassent les frontières nationales et nécessitent une coopération internationale pour être résolues. Ces enjeux s’entrecroisent et se renforcent, influençant directement la stabilité économique, sociale et environnementale du globe.

    Parmi ces défis, on compte la lutte contre le changement climatique, la gestion durable des ressources naturelles, la transition énergétique, la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau potable, la préservation de la biodiversité, et la réduction des inégalités sociales. Ces questions sont interconnectées : par exemple, la dégradation des écosystèmes affecte directement les conditions de vie, la santé et les migrations humaines.

    Dans ce contexte, la gouvernance mondiale joue un rôle central. Les institutions internationales — telles que l’ONU, la Banque mondiale, le FMI, ou encore les différentes COP — visent à coordonner les politiques publiques, à promouvoir les investissements verts et à assurer un suivi des engagements pris par les États. L’objectif est de construire une approche intégrée du développement durable, conciliant progrès économique et respect des limites planétaires.

    Enfin, les acteurs non étatiques (ONG, entreprises, société civile, collectivités locales) participent de plus en plus activement à la définition et à la mise en œuvre des stratégies globales. Cette évolution témoigne de la reconnaissance du rôle collectif dans la réponse aux crises mondiales et du besoin d’une gouvernance partagée.

    L’adaptation devient un levier clé dans la gestion des crises globales. Inspiré du Global Goal on Adaptation (GGA), ce cadre vise à mesurer les progrès d’adaptation tout en tenant compte des réalités locales. Les approches participatives — cartographies de vulnérabilité, observatoires communautaires, indicateurs de résilience — se développent, notamment dans les pays les plus exposés. Cette dynamique favorise une convergence entre science, diplomatie climatique et innovation territoriale.

    4.3. Finance : de la promesse à la prévisibilité

    Réunion internationale sur la finance climat
    Table ronde internationale sur la finance climat et les fonds verts.

    La mise en œuvre du régime climatique représente un défi majeur pour la communauté internationale. Les décisions adoptées lors des COP doivent être traduites en actions concrètes à l’échelle nationale. Cela implique la création de cadres législatifs cohérents, l’amélioration de la gouvernance environnementale et la coordination entre acteurs publics et privés.

    Le transfert technologique est au cœur de cette dynamique. Les pays développés doivent soutenir les PMA en facilitant l’accès à des technologies propres, adaptées aux contextes locaux. Cela inclut la formation d’experts nationaux, la maintenance des équipements et la diffusion de compétences au niveau régional afin d’assurer une autonomie progressive.

    Le renforcement institutionnel demeure une priorité. Il s’agit de doter les administrations publiques de moyens suffisants pour planifier, suivre et évaluer les politiques climatiques. Les stratégies nationales doivent intégrer le climat dans la planification budgétaire et favoriser une transition juste, conciliant croissance, emploi et durabilité sociale.

    Les pays émergents jouent un rôle de plus en plus déterminant dans cette évolution, devenant des pivots technologiques régionaux. Leurs innovations à coût maîtrisé offrent des solutions intermédiaires adaptées aux réalités des PMA. Les indicateurs de mise en œuvre — financement, délais, efficacité institutionnelle — seront au cœur du Global Stocktake à la COP30.

    4.4. Pertes et dommages : la justice climatique en pratique

    Session sur le Fonds pour les pertes et dommages
    Session de négociation sur le Fonds pour les pertes et dommages.

    La question des pertes et dommages incarne la dimension éthique du régime climatique mondial. Elle met en lumière la responsabilité historique des pays industrialisés face aux conséquences désastreuses du changement climatique subies par les plus vulnérables. Le débat s’est intensifié à mesure que les événements extrêmes se multiplient, renforçant la nécessité d’un mécanisme financier juste et efficace.

    La création du Fonds pour les pertes et dommages lors de la COP27 constitue une étape symbolique majeure. Elle a consacré la reconnaissance d’une dette climatique envers les pays les plus exposés, en particulier les PMA et les petits États insulaires. Ce dispositif vise à financer la reconstruction et la résilience après les catastrophes, tout en évitant l’endettement supplémentaire.

    Les discussions actuelles portent sur la gouvernance du Fonds, les critères d’éligibilité et les modalités de déclenchement. Les PMA plaident pour un accès direct et rapide aux ressources en cas de crise, sans lourdeurs administratives. Les pays développés, quant à eux, cherchent à définir des garde-fous garantissant la traçabilité et la transparence de l’utilisation des fonds.

    Parallèlement, certains pays émergents proposent de contribuer au financement via des mécanismes innovants, tels que des taxes carbone mondiales ou des contributions volontaires régionales. Cette évolution redessine les alliances Sud-Sud et Nord-Sud, tout en consolidant la justice climatique internationale comme axe central des futures négociations.

    4.5. Mise en œuvre : capacités, technologies et transition juste

    Formation sur les énergies propres et la transition juste
    Atelier sur la transition juste et le renforcement des capacités institutionnelles.

    La mise en œuvre constitue le maillon faible du régime climatique. Les décisions adoptées doivent être traduites en politiques nationales concrètes, impliquant transfert technologique, renforcement institutionnel et transition juste. Les PMA doivent former leurs experts, intégrer le climat dans la planification budgétaire et adapter les technologies à leurs réalités locales.

    Les pays émergents deviennent des pivots technologiques régionaux, offrant des solutions intermédiaires à coût maîtrisé. Les indicateurs de mise en œuvre — part de financement adaptation/atténuation, délais de décaissement, efficacité des plateformes nationales — seront au cœur du Global Stocktake à la COP30.

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    5) Opportunités pour les PMA : vers l’opérationnalisation du régime climatique

    5.1. Accès aux guichets de financement : FVC, GEF, Fonds pour les pertes et dommages

    Atelier de renforcement des capacités sur l’accès aux financements climat dans un PMA
    Renforcement des capacités financières : préparation de notes conceptuelles pour le Fonds vert pour le climat.

    Les Pays les Moins Avancés (PMA) sont en première ligne face aux impacts climatiques, mais ils demeurent structurellement sous-financés. Les principaux guichets financiers — Fonds vert pour le climat (FVC), Fonds pour l’environnement mondial (GEF), et Fonds pour les pertes et dommages — constituent des leviers critiques pour financer l’adaptation, les infrastructures résilientes et la relève post-catastrophe.

    L’accès à ces guichets suppose : (1) l’existence d’entités accréditées au niveau national ou régional, (2) la capacité à développer des pipelines de projets bancables, alignés sur les critères opérationnels des bailleurs, (3) un niveau minimal de readiness institutionnelle (gouvernance financière, suivi, audit).

    Les PMA soulignent un problème récurrent : le décalage entre la vitesse d’annonce politique (en COP) et la lenteur effective de décaissement. Cependant, on observe l’émergence d’une stratégie Sud–Sud : des pays émergents proposent un appui technique pour accélérer les accreditations et structurer les demandes au FVC ou au Fonds pertes & dommages.

    5.2. Renforcement des NDC : alignement climat – ODD et secteurs prioritaires

    Mini-réseau solaire hors-réseau dans un village rural
    Énergie hors-réseau : électrification décentralisée, sécurité énergétique, résilience.

    Les Contributions déterminées au niveau national (NDC) ne sont plus uniquement des documents d’atténuation des émissions. Dans le contexte des PMA, elles deviennent des instruments de planification du développement, articulés aux Objectifs de développement durable (ODD).

    Trois secteurs prioritaires sont systématiquement mis en avant : l’énergie hors-réseau (mini-réseaux solaires, solutions autonomes), l’agriculture résiliente au climat (gestion de l’eau, cultures tolérantes à la sécheresse), et les ressources bleues (zones côtières, pêche, protection des mangroves).

    En liant les NDC aux ODD, les PMA peuvent mobiliser à la fois la finance climat et la finance développement, ce qui augmente la taille des enveloppes potentiellement finançables. Les pays émergents jouent ici un rôle-clé : ils se positionnent comme partenaires techniques pour l’accès à des solutions énergétiques décentralisées à bas coût.

    5.3. Outils opérationnels : transparence, suivi, évaluation

    Outil de suivi MRV / ETF simplifié présenté lors d’un atelier technique
    Suivi et transparence : MRV / ETF simplifié, systèmes M&E adaptation.

    Les Pays les Moins Avancés (PMA) doivent rendre compte de leurs progrès, mais ne disposent pas toujours d’institutions statistiques robustes ni d’unités de suivi pleinement opérationnelles au sein des ministères. D’où l’importance d’outils adaptés comme le MRV / ETF simplifié (Mesure – Rapportage – Vérification / Enhanced Transparency Framework), qui vise à produire des données crédibles sans imposer une charge administrative inatteignable. L’enjeu n’est pas seulement technique : il est politique. Sans système MRV fonctionnel, un PMA peine à prouver l’impact de ses politiques et perd du poids dans la négociation climatique, notamment lorsqu’il sollicite un financement international pour l’adaptation ou la résilience.

    En parallèle, des systèmes de suivi-évaluation (M&E) pour l’adaptation, appuyés par la cartographie des risques climatiques et des approches de carbon pricing souple à l’échelle nationale ou régionale, permettent de prioriser les investissements publics et d’orienter les bailleurs vers les zones les plus vulnérables (zones côtières, bassins agricoles, petites îles, territoires soumis à des chocs hydrométéorologiques extrêmes). Ce suivi-évaluation ne se limite plus à l’atténuation des émissions ; il inclut la mesure de la résilience des systèmes vivants (eau, sols, littoraux) et des systèmes sociaux (sécurité alimentaire, accès à l’énergie, stabilité des revenus ruraux).

    Au-delà de la conformité aux obligations internationales, ces outils renforcent la crédibilité des PMA vis-à-vis des bailleurs et facilitent l’accès aux guichets climatiques. Ils permettent de démontrer que les financements reçus génèrent des résultats vérifiables (« value for money »), argument central dans les discussions sur la dette climatique et sur les pertes et dommages. Les pays émergents se présentent de plus en plus comme fournisseurs de solutions techniques : plateformes de données climatiques mutualisées, capacité de télédétection, intégration des mini-réseaux énergétiques décentralisés et outils de reporting environnemental. Cette coopération Sud–Sud ouvre la voie à une architecture climatique où les PMA ne sont plus uniquement demandeurs d’aide, mais coproducteurs de normes et de méthodes compatibles avec leurs réalités institutionnelles.

    5.4. Coalitions, alliances et partenariats stratégiques

    Session de travail entre représentants de PMA et pays émergents autour d’une coalition énergies propres
    Coalitions thématiques : énergies propres, méthane, transfert technologique Sud–Sud.

    Les PMA rejoignent de plus en plus des coalitions thématiques (réduction du méthane, énergies propres, résilience côtière). Ces coalitions permettent d’accroître leur poids politique au-delà de leur poids économique, en parlant d’une seule voix sur un thème précis.

    Le Mécanisme technologique (notamment le Climate Technology Centre and Network, CTCN) joue un rôle opérationnel : il facilite le transfert Sud–Sud de solutions énergétiques, de surveillance climatique, ou d’ingénierie côtière.

    Les pays émergents apparaissent ici comme des acteurs pivots. Ils ne sont plus uniquement demandeurs de flexibilité climatique ; ils deviennent co-producteurs de solutions (solaire décentralisé, adaptation agricole, industrie bas carbone) et, de plus en plus, cofinanceurs régionaux.

    5.5. Vers des livrables opérationnels : check-lists et notes conceptuelles

    Vérification d’une note conceptuelle climat pour financement international
    Éligibilité des projets climat : additionnalité, sauvegardes, suivi, genre.

    L’un des verrous identifiés par les PMA est la traduction d’une priorité nationale (sécurité hydrique, protection littorale, électrification rurale) en un projet éligible selon les standards du FVC, du GEF ou des banques multilatérales.

    Une check-list opérationnelle typique inclut : l’additionnalité (l’impact ne se produirait pas sans le projet), des résultats mesurables avec indicateurs, des sauvegardes sociales et environnementales conformes aux standards internationaux, et une approche genre / inclusion explicite.

    Les modèles de notes conceptuelles (« concept notes ») deviennent des outils stratégiques : ils facilitent la pré-sélection des projets, améliorent la visibilité politique des demandes des PMA et renforcent leur capacité à négocier face aux bailleurs.

    6) Poids financier et empreinte des États-Unis

    6.1. Empreinte d'émissions

    Graphique sur les émissions cumulées des États-Unis
    Part historique des émissions cumulées mondiales de CO2 des États-Unis depuis l’ère industrielle

    L'Économie politique du climat ne peut être comprise sans considérer la position singulière des États-Unis, acteur systémique dont l'empreinte énergétique, financière et diplomatique détermine en grande partie les équilibres du régime climatique mondial.

    Les États-Unis représentent près d'un quart des émissions cumulées depuis 1850. Leur part historique est l'un des principaux indicateurs utilisés pour justifier le principe de responsabilités communes mais différenciées (RCMD). Les émissions par habitant restent supérieures à la moyenne de l'OCDE, malgré un déclin relatif depuis 2005.

    L'intensité carbone de leur mix énergétique demeure élevée en raison de la prépondérance du pétrole et du gaz, notamment dans les secteurs électrique, industriel et des transports.

    6.2. Poids financier dans le régime climat

    Siège du Fonds vert pour le climat
    Le Fonds Vert pour le Climat (FVC/GCF) — principal mécanisme multilatéral de financement.

    Les États-Unis jouent un rôle pivot dans le financement international du climat. Leur contribution au Fonds Vert pour le Climat (FVC) et au Global Environment Facility (GEF) reste essentielle à l’équilibre financier du régime.

    Toutefois, la volatilité d’exécution liée aux cycles politiques et budgétaires (changements d’administration, suspensions, plafonds de dépense) engendre une forte incertitude. Cette imprévisibilité se traduit par des délais dans les décaissements, affectant directement la capacité d’accès des PMA aux financements.

    Sur le plan diplomatique, Washington conserve une influence déterminante dans la gouvernance du FVC et des institutions multilatérales associées. Les orientations stratégiques qu’il soutient, comme la transparence des flux ou la priorisation des technologies bas carbone, structurent une grande partie des discussions internationales. Cette prédominance souligne à la fois son poids historique dans les émissions et sa capacité à orienter les normes de financement climatique mondial.

    6.3. Menaces, retraits et conditionnalités

    L'histoire des COP illustre l'usage stratégique par Washington de la menace de retrait comme levier de négociation. Le refus de ratifier le Protocole de Kyoto (1997) a envoyé un signal de non-alignement durable. En 2017, l'annonce du retrait de l'Accord de Paris a déstabilisé les coalitions multilatérales avant qu'une réadhésion ne soit opérée en 2021.

    Ces oscillations répétées révèlent une tension interne entre le leadership technologique américain et la méfiance vis-à-vis des contraintes multilatérales. Elles alimentent un climat d'incertitude budgétaire qui fragilise la mise en œuvre des engagements internationaux.

    6.4. Implications pour les PMA

    Négociations PMA sur la finance climat
    Les PMA plaident pour une prévisibilité accrue des flux financiers.

    Pour les PMA, la principale conséquence de cette instabilité est la perte de prévisibilité des flux. Les projets en pipeline ou en exécution subissent des délais de décaissement, augmentant les coûts et les risques de trésorerie.

    Cette situation renforce la prime de risque et le coût du capital pour les pays les plus vulnérables. Une diversification des guichets (multilatéraux, régionaux, Sud–Sud) devient indispensable. Les indicateurs à suivre incluent les parts américaines dans les fonds climatiques, les taux de décaissement et les délais d’approbation des projets.

    Face à ces défis, plusieurs pays africains cherchent à créer leurs propres mécanismes de financement régionaux pour sécuriser leurs programmes climatiques. Ces dispositifs, appuyés par des banques de développement ou des partenariats Sud–Sud, visent à réduire la dépendance aux flux extérieurs et à accélérer la mise en œuvre des projets prioritaires sur le terrain.

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    7) Bilans globaux

    Analyse du Global Stocktake (GST) en session plénière
    Lecture du Global Stocktake : écart entre ambition affichée et mise en oeuvre réelle.

    Les bilans globaux constituent un exercice de vérification collective du régime climatique : évaluer si les promesses (atténuation, adaptation, finance) se traduisent en résultats observables. Cet exercice, formalisé sous le nom de Global Stocktake (GST), met en lumière plusieurs tensions.

    Premièrement, l'écart d'émissions (« emissions gap ») reste incompatible avec une trajectoire à +1,5 °C. Deuxièmement, l'adaptation finance gap montre que les flux financiers consacrés à la résilience sont très inférieurs aux besoins réels des sociétés exposées.

    Troisièmement, la prévisibilité et la transparence des financements demeurent insuffisantes pour permettre une planification à long terme dans les PMA, qui restent forcés de fonctionner sur des cycles de projets courts et fragiles. Les pays émergents, eux, utilisent ce constat pour renforcer leur rôle comme intermédiaires financiers et technologiques Sud–Sud.

    Enfin, la capacité d'entraînement systémique (« spillover normatif ») des COP est surveillée : dans quelle mesure les décisions COP créent-elles un signal-prix pour les marchés privés, obligent-elles les banques à verdir leurs portefeuilles, et influencent-elles les choix d'investissement des grandes entreprises énergétiques ?

    Tableau de lecture rapide du bilan global

    Axes stratégiques Constat global Impact pour les PMA Rôle des pays émergents
    Atténuation
    (réduction des émissions)
    L'ambition affichée reste insuffisante pour 1,5 °C. Les secteurs à fortes émissions « hard-to-abate » avancent trop lentement. Les PMA ne sont pas les principaux émetteurs mais subissent les conséquences physiques. Besoin de trajectoires sobres sans être pénalisés dans leur développement. Les émergents cherchent à redéfinir la justice climatique en intégrant leur droit au développement industriel bas-carbone.
    Adaptation
    (résilience)
    Le financement de l'adaptation est très en dessous des besoins estimés. Les outils de suivi restent hétérogènes. Vulnérabilité extrême face aux chocs climatiques. Priorité absolue : accès à des fonds rapides pour la résilience locale. Les émergents testent des cadres régionaux d'adaptation et se positionnent comme hubs techniques.
    Finance climat Les promesses de finance climat manquent de prévisibilité, la qualité (dons vs prêts) n'est pas garantie. Dépendance forte à quelques bailleurs. Coût du capital élevé, risque d'endettement supplémentaire. Banques de développement régionales et fonds souverains deviennent des alternatives partielles.
    Pertes & dommages Le Fonds Pertes & Dommages existe, mais sa gouvernance opérationnelle est encore en construction. Besoin critique de décaissements rapides en cas de catastrophe. Les PMA demandent des mécanismes automatiques. Les émergents pourraient devenir co-contributeurs, renforçant leur statut diplomatique Sud–Sud.
    Mise en œuvre Les pays adoptent des plans, mais les capacités d'exécution restent inégales. La « transition juste » progresse lentement. Les PMA ont besoin de compétences techniques, de données MRV et d'ingénierie financière pour opérationnaliser les projets. Les émergents deviennent fournisseurs de technologies adaptées (énergie décentralisée, agriculture climat-intelligente).
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    8) Ressources & navigation vers les COP spécifiques

    8.1. Article thématique : Le GIEC, pilier scientifique des négociations

    Plénière du GIEC : la science comme boussole
    Le GIEC : la science comme boussole pour les engagements des Parties.

    Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC/IPCC) est la source scientifique incontournable de tout le régime climatique. Contrairement aux délégations des COP, le GIEC ne négocie pas de politiques ; il synthétise l'état des connaissances scientifiques sur les impacts climatiques, l'adaptation et les options d'atténuation. Ses Rapports d'Évaluation (AR) fournissent la base empirique et probabiliste des décisions prises par les États.

    Pour le chercheur en développement durable, les travaux du GIEC sont essentiels pour évaluer la cohérence des Contributions Nationales Déterminées (NDC) et pour encadrer les analyses sur les **Pertes & Dommages** et la **justice climatique**. C’est notamment son rapport spécial de 2018 qui a justifié l'impératif politique de maintenir l'objectif de **1,5 °C** (COP26) et qui structure aujourd'hui le **Bilan Mondial (Global Stocktake)** de l'Accord de Paris (COP28).

    La science du GIEC agit comme une boussole qui réoriente la diplomatie climatique. Les chercheurs doivent se concentrer sur la façon dont les messages scientifiques sont traduits, parfois déformés, en engagements politiques et financiers concrets lors des COP.

    8.2 Références officielles & poste de pilotage des COP

    Ces plateformes sont les guichets officiels (ONU & ministères) pour la recherche, l’accès aux décisions, registres (NDC) et synthèses opérationnelles des COP.

    A) Références institutionnelles et sites officiels

    Ressource Description et pertinence pour le chercheur Lien officiel
    CCNUCC / UNFCCC (ONU Climat) Organe central organisant les COP : textes, décisions, registres NDC et Bilan mondial. unfccc.int/fr
    GIEC / IPCC Référence scientifique mondiale : rapports d’évaluation, budgets carbone et adaptation. ipcc.ch (FR)
    Fonds Vert pour le Climat (FVC / GCF) Mécanisme financier clé de l’Accord de Paris : projets, guichets et décisions du Conseil. greenclimate.fund
    PNUD / UNDP (PMA & ODD) Bases de données et publications sur les ODD, la résilience et le financement des PMA. undp.org/fr
    Convention sur la Diversité Biologique (CDB / CBD) Gouvernance biodiversité (Cadre Kunming–Montréal) et liens climat–nature. cbd.int

    B) COP : le poste de pilotage (décisions, registres, synthèses)

    Source Type Utilité (en 1 ligne) Lien
    UNFCCC – Portail COP29 (Bakou) ONU – page COP Actus, documents, résultats COP29 (point d’entrée central). unfccc.int/cop29
    UNFCCC – Outcomes / Decisions ONU – décisions Versions provisoires et finales des décisions, filtrables par organe. unfccc.int/decisions
    UNFCCC – Outcomes COP28 ONU – décisions Décisions finales de Dubaï (COP/CMA/SBI/SBSTA). unfccc.int/cop28/outcomes
    UNFCCC – COP27 « Cover decision » ONU – décision de couverture Sharm el-Sheikh Implementation Plan : texte de référence. unfccc.int/documents/624444
    UNFCCC – Glasgow Climate Pact (COP26) ONU – décision de couverture Texte de couverture COP26 (CP & CMA), PDF officiel. PDF
    IISD – Earth Negotiations Bulletin Observateur onusien Comptes rendus quotidiens indépendants des négociations. enb.iisd.org
    Ministère FR de la Transition écologique Ministère – France Décryptages, positions officielles et liens vers cadres internationaux. ecologie.gouv.fr
    GOV.UK – Pages COP Ministère – Royaume-Uni Communiqués, positions et dossiers COP. gov.uk (COP)
    U.S. Department of State – COP Ministère – États-Unis Portails thématiques & positions américaines autour des COP. state.gov/climate-crisis
    UNFCCC – Portail COP30 (Belém) ONU – page COP Informations et hubs thématiques (préparation COP30). unfccc.int/cop30
    SDSN – COP Resource Hub Réseau associé ONU Guides et outils pour acteurs non-étatiques (pré-COP, side events). unsdsn.org

    9) Glossaire express des COP

    Quelques notions clés pour naviguer plus facilement dans le langage des Conférences des Parties.

    Terme Définition courte Utilité (en 1 ligne)
    COP Conférences des Parties de la CCNUCC où les États négocient les règles climatiques. Lieu principal de négociation climat annuel.
    CCNUCC / UNFCCC Convention-cadre de l’ONU qui encadre l’intégralité du système des COP. Base juridique des accords Kyoto & Paris.
    CMA Réunion des Parties à l’Accord de Paris. Décide des règles & outils de l’Accord de Paris.
    NDC Plans climat nationaux soumis par chaque pays. Montre l’ambition réelle d’un État.
    NCQG Nouvel objectif collectif quantifié de financement climat. Cadre financier clé après les 100 Mds.
    Pertes & dommages Impacts irréversibles du climat dépassant les capacités d’adaptation. Justifie les aides spécifiques aux pays vulnérables.
    PMA Pays les plus vulnérables reconnus par l’ONU. Au cœur de la justice climatique.
    Global Stocktake (GST) Bilan mondial prévu tous les 5 ans. Mesure l’écart avec l’objectif 1,5°C.
    Side event Événements organisés en marge des sessions officielles. Permettent aux ONG et acteurs non-étatiques d’influencer.
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