COP28 Dubaï COP28 – …
COP28 …

COP28 : Bilan mondial et rupture sur les énergies fossiles

    Institut Européen des Sciences du Développement (IESD) – Paris
    Vue d’ensemble de la salle plénière de la COP28 à Dubaï
    COP28 à Dubaï : une conférence structurée par le premier Bilan mondial (GST) et le débat sur les énergies fossiles.

    La COP28 de Dubaï (2023) a constitué un tournant politique dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Elle a été la conférence de deux événements majeurs : l’adoption du premier Global Stocktake (GST), ou Bilan mondial, et l’insertion explicite des énergies fossiles dans la décision finale, à travers la référence à une « transition away from fossil fuels » dans les systèmes énergétiques.

    Organisée aux Émirats arabes unis, au cœur d’une économie pétrolière, la COP28 a mis en lumière les tensions profondes d’un multilatéralisme climatique appelé à gérer la fin progressive du pétrole, du gaz et du charbon, tout en assurant une transition juste pour les pays les plus vulnérables. Pour les Pays les Moins Avancés (PMA), cette COP a été à la fois un moment d’opportunité – avec l’opérationnalisation du Fonds « Pertes et dommages » – et un rappel brutal du fossé persistant entre besoins réels et engagements financiers.

    Le présent article propose une lecture de COP28 du point de vue des PMA et des pays émergents, en analysant :

    • le contenu et la portée du premier Global Stocktake ;
    • l’évolution du cadre financier et du Fonds Pertes et dommages ;
    • la signification de la référence à la transition à l’écart des énergies fossiles ;
    • les acquis et limites pour les PMA dans une gouvernance climatique de plus en plus multipolaire.

    Ils ont dit : Une sélection de prises de parole qui ont marqué la COP28 à Dubaï.

    Portrait de Sultan Al Jaber, président de la COP28

    Sultan Al Jaber

    Président de la COP28 — Émirats arabes unis

    « La COP28 doit être le moment où les promesses se transforment en plans détaillés, financés et suivis. Nous ne pouvons plus nous permettre de simples déclarations d’intention. »

    Contexte : discours d’ouverture lors de la session plénière inaugurale.

    Portrait de Simon Stiell, secrétaire exécutif de la CCNUCC

    Simon Stiell

    Secrétaire exécutif de la CCNUCC

    « Chaque année de retard ajoute des coûts humains et économiques que les plus vulnérables ne peuvent pas supporter. La COP28 doit fermer le fossé entre ce qui est promis et ce qui est effectivement mis en œuvre. »

    Contexte : présentation du Bilan mondial (Global Stocktake) devant les Parties.

    Portrait de Vanessa Nakate, militante pour le climat

    Vanessa Nakate

    Militante pour le climat — Ouganda

    « Depuis des années, on nous dit que les jeunes sont « l’avenir ». Mais le futur se construit maintenant. La COP28 sera jugée non pas par ses discours, mais par les changements ressentis dans nos communautés. »

    Contexte : intervention lors du forum sur la jeunesse et l’action climatique.

    Portrait de Mia Mottley, dirigeante d’un petit État insulaire

    Mia Mottley

    Première ministre de la Barbade

    « Nous ne pouvons pas financer la transition écologique avec les mêmes outils qui ont produit la crise de la dette. La réforme de la finance internationale doit être au cœur de l’héritage de la COP28. »

    Contexte : dialogue de haut niveau sur la réforme de l’architecture financière internationale.

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    1) Le premier Global Stocktake : radiographie d’un monde en retard

    Graphique illustrant les trajectoires d’émissions et l’objectif 1,5°C
    Trajectoires d’émissions et objectif 1,5 °C : le GST confirme un retard critique.

    1.1. Mesurer l’écart pour recadrer l’action

    Ce graphique synthétise plusieurs trajectoires possibles d'émissions de gaz à effet de serre et les compare à la trajectoire compatible avec l'objectif de limitation du réchauffement planétaire à 1,5°C. La courbe rouge illustre la dynamique actuelle, dominée par les politiques en vigueur et les engagements partiels des États, tandis que la courbe bleue représente un scénario de réduction rapide et soutenue des émissions, conforme aux recommandations du GIEC. La ligne horizontale matérialise le niveau d'émissions compatible avec 1,5°C, tandis que les années en abscisse rappellent l'urgence d'une action forte avant 2030. Ce type de représentation est désormais utilisé par les négociateurs et les institutions financières pour évaluer la crédibilité des stratégies climat nationales et des plans de transition des entreprises.

    L'espace situé entre ces deux trajectoires figure l'écart d'ambition à combler au cours de la prochaine décennie. Plus cet écart persiste, plus la fenêtre d'opportunité pour rester sous le seuil de 1,5°C se referme, impliquant des efforts de décarbonation ultérieurs beaucoup plus brutaux et coûteux. Pour les pays vulnérables, notamment les PMA, ce graphique rappelle que chaque année de retard accroît l'exposition aux pertes et dommages et renforce la nécessité de financements climatiques accrus et prévisibles. Il permet aussi de visualiser le partage implicite de l'effort entre pays historiquement grands émetteurs et pays en développement : si les premiers ne réduisent pas plus vite, l'espace d'émissions restant pour les autres se réduit comme peau de chagrin. Pour les chercheurs et décideurs associés à l'IESD, ce graphique sert ainsi d'outil pédagogique pour montrer que l'objectif 1,5°C n'est pas un simple symbole politique, mais une contrainte physique qui doit structurer la planification du développement.

    1.2. Les PMA face à la combinaison des retards d’atténuation et d’adaptation

    Le GST souligne que, si l’atténuation reste prioritaire pour limiter le réchauffement, le déficit d’adaptation se creuse rapidement, avec un manque évalué à plusieurs centaines de milliards de dollars par an dans les pays en développement. Les PMA concentrent une part disproportionnée des pertes humaines et économiques liées aux catastrophes climatiques : sécheresses prolongées, inondations, tempêtes extrêmes, salinisation des terres agricoles, dégradation des infrastructures de base.

    Pour ces pays, le GST n’est pas un simple exercice de reporting : il est un instrument de légitimation politique de leurs demandes de justice climatique. Il permet de démontrer que le statu quo en matière de financements condamne de fait les trajectoires de développement durable dans les pays les plus vulnérables et rend impossible le respect de l’objectif de 1,5 °C sans un appui massif aux systèmes économiques et sociaux.

    2) Finance climat et Fonds « Pertes et dommages » : un progrès historique, des montants dérisoire

    Session d’annonce des contributions au Fonds Pertes et dommages
    COP28 : opérationnalisation du Fonds Pertes et dommages, mais volume financier encore symbolique.

    2.1. L’opérationnalisation du Fonds Pertes et dommages

    Dès le premier jour de la COP28, les Parties ont adopté une décision opérationnalisant le Fonds Pertes et dommages, attendu depuis de nombreuses années par les pays du Sud. Plusieurs pays développés ont annoncé des contributions initiales, pour un total d’environ 700 à 800 millions de dollars. Pour les PMA et les petits États insulaires, cette avancée a une valeur symbolique forte : elle reconnaît enfin, au niveau institutionnel, l’existence d’impacts climatiques irréversibles qui exigent des transferts financiers non remboursables et consacre, de manière implicite, le principe de responsabilité historique des grands émetteurs.

    Cependant, ces montants restent marginaux au regard des besoins, souvent estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars par an. De plus, l’administration provisoire du Fonds par la Banque mondiale soulève des inquiétudes chez les PMA, qui redoutent un biais en faveur des instruments de prêts plutôt que des dons, ainsi qu’une complexité administrative supplémentaire. Se posent également les questions de la gouvernance réelle du Fonds, de la représentation des pays les plus vulnérables au sein de son conseil, et de la capacité des États à l’accès direct aux ressources sans passer par un empilement d’intermédiaires.

    Les négociations à venir devront préciser les critères d’éligibilité, les modalités d’allocation entre pertes économiques et non économiques, ainsi que l’articulation du Fonds Pertes et dommages avec les autres guichets climat existants. Un enjeu central sera celui de l’additionnalité : s’assurer que ces ressources ne soient pas simplement recyclées à partir de l’aide publique au développement déjà engagée. Pour les communautés en première ligne, la crédibilité du dispositif dépendra de la rapidité de décaissement après un choc, de la simplicité des procédures et de la possibilité d’impliquer les acteurs locaux dans l’identification des besoins. Pour les chercheurs et praticiens associés à l’IESD, le suivi de ce Fonds devient ainsi un terrain d’analyse privilégié pour évaluer dans quelle mesure la rhétorique de la justice climatique se traduit – ou non – en mécanismes financiers concrets.

    2.2. Au-delà des annonces : la question de la qualité de la finance

    Au-delà du Fonds Pertes et dommages, la COP28 n’a pas permis de débloquer un volume significatif de nouveaux financements pour l’atténuation et l’adaptation. Les pays développés ont rappelé leur engagement à atteindre l’objectif des 100 milliards USD/an, mais sans répondre de manière structurée au déficit cumulé des années précédentes. Pour les PMA, la question n’est plus seulement celle des montants, mais de la qualité des flux :

    • quelle part sous forme de dons et non de prêts ? ;
    • quels mécanismes pour encourager l’accès direct aux fonds multilatéraux ? ;
    • comment éviter que la finance climat ne devienne un nouveau vecteur de surendettement ?

    La COP28 confirme ainsi la centralité de la dimension financière, mais renvoie les décisions quantitatives majeures à la COP29, présentée désormais comme une « COP de la finance ».

    2.3. Tableau de lecture : le Fonds Pertes et dommages vu depuis les PMA

    Aspect analysé Contenu de la décision COP28 Lecture depuis les PMA
    Création du Fonds Fonds officiellement opérationnel, avec contributions initiales. Reconnaissance historique de la réalité des pertes et dommages.
    Volume financier Environ 700–800 M USD annoncés. Montant très loin des besoins estimés à plusieurs centaines de milliards par an.
    Gouvernance Administration provisoire par la Banque mondiale. Crainte d’une approche centrée sur les prêts, peu adaptée à des pertes irréversibles.
    Accès des PMA Détails encore à préciser. Enjeu crucial : garantir un accès direct, rapide et prévisible.
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    3) La transition à l’écart des énergies fossiles : une avancée sémantique, un compromis politique

    Complexe pétrolier avec cheminées et fumées, symbolisant la dépendance aux énergies fossiles
    COP28 : première référence explicite à une transition à l’écart des énergies fossiles dans une décision de COP.

    3.1. De la phase-out à la formule « transitioning away from fossil fuels »

    L’un des points les plus commentés de la COP28 concerne la formulation retenue dans le cadre du Bilan mondial (GST) : les Parties s’engagent à « transitioning away from fossil fuels in energy systems, in a just, orderly and equitable manner ». Pour la première fois dans l’histoire des COP, une décision mentionne directement les énergies fossiles comme objets de la transition, et non plus uniquement les émissions de gaz à effet de serre. Cette reconnaissance constitue, pour de nombreux acteurs du Sud comme du Nord, une rupture symbolique importante : elle acte officiellement que la lutte contre le changement climatique implique une transformation structurelle des systèmes énergétiques, et non un simple ajustement technologique.

    Cette avancée demeure toutefois le produit d’un compromis politique complexe. Le texte n’emploie ni le terme « phase-out » (sortie ou élimination progressive des combustibles fossiles), porté par les pays vulnérables et l’Union européenne, ni celui de « phase-down » (réduction), mentionné pour le charbon à Glasgow. La formule « transitioning away » ouvre un espace d’interprétations très différentes : pour les pays producteurs de pétrole et de gaz, elle laisse la possibilité d’une transition lente et modulée au rythme des réalités économiques nationales. Pour les pays vulnérables, elle doit au contraire marquer l’entrée dans une décroissance rapide de l’offre fossile, cohérente avec la science du climat.

    Par ailleurs, la mention des « transitional fuels », en particulier le gaz naturel, entretient certaines ambiguïtés. Pour plusieurs États, le gaz est considéré comme un combustible de transition pouvant faciliter l’intégration des énergies renouvelables. Pour d’autres, notamment parmi les PMA, cette notion risque de maintenir une dépendance à long terme à des infrastructures fossiles coûteuses, au détriment d’investissements massifs dans les solutions décarbonées. Les institutions académiques et les organisations de la société civile soulignent également que cette référence pourrait alimenter une nouvelle vague de projets gaziers dans des régions vulnérables, mettant sous tension les dynamiques de développement durable.

    Pour les chercheurs, analystes et acteurs opérationnels, cette formulation ambiguë constitue un champ d’observation essentiel. Elle montre comment la gouvernance climatique mondiale progresse par étapes, sous contraintes diplomatiques, tout en laissant subsister des zones d’interprétation qui influenceront fortement la mise en œuvre nationale. La manière dont les pays traduiront ce signal dans leurs stratégies énergétiques, leurs politiques industrielles et leurs plans d’investissement déterminera si le « transitioning away » deviendra une réelle dynamique de sortie des fossiles ou une simple formule politique dépourvue d’effets réels.

    3.2. Pour les PMA : une avancée fragile, conditionnée par la finance et la technologie

    Du point de vue des PMA, la mention de la transition à l’écart des fossiles comporte un double enjeu :

    • elle clarifie la direction structurelle des politiques énergétiques mondiales : l’avenir repose sur les renouvelables, l’efficacité énergétique et les systèmes décentralisés ;
    • elle rend plus explicite la nécessité d’un soutien financier et technologique massif pour éviter que la transition ne se traduise par un renchérissement de l’énergie, une perte d’accès pour les populations rurales ou une aggravation de la pauvreté énergétique.

    Sans instruments concrets – subventions ciblées, réseaux électriques adaptés, partenariats pour la production locale d’infrastructures solaires ou éoliennes – la référence à la transition loin des énergies fossiles risque de rester un énoncé normatif davantage qu’un cadre opérationnel pour les pays les plus vulnérables.

    4) PMA, Objectif mondial d’adaptation et rôle des pays émergents

    Paysage rural dans un PMA avec projets d’adaptation, comme des digues ou des réservoirs d’eau
    PMA : première ligne des impacts, mais acteurs centraux de l’agenda d’adaptation.

    4.1. L’Objectif mondial d’adaptation : un cadre, pas encore une garantie

    La COP28 a adopté un cadre pour l’Objectif mondial d’adaptation (GGA), qui définit plusieurs axes prioritaires : amélioration des systèmes d’alerte précoce, renforcement des services climatiques, plans nationaux d’adaptation, analyses de vulnérabilité et de risques. Pour les PMA, souvent dépourvus de ressources humaines et techniques suffisantes, ce cadre peut servir de feuille de route pour structurer des politiques publiques nationales plus cohérentes et assurer une meilleure articulation entre les ministères sectoriels, les collectivités locales et les partenaires techniques.

    L’un des apports majeurs du GGA réside dans la clarification d’objectifs mesurables, permettant un suivi plus transparent des progrès accomplis au niveau mondial. En proposant des indicateurs transversaux – couvrant notamment les infrastructures résilientes, la gestion de l’eau, la sécurité alimentaire et la planification territoriale – le cadre permet à chaque pays de comparer ses avancées avec celles de ses pairs et d’identifier les domaines où les besoins d’investissement sont les plus critiques.

    Toutefois, le GGA reste fortement dépendant de la disponibilité de financements à long terme. Sans flux additionnels et prévisibles, le risque est grand de voir cet objectif se limiter à un ensemble de principes peu reliés aux réalités budgétaires des ministères des finances des PMA. Les besoins actuels en adaptation sont estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars par an d’ici 2030, alors que les financements réellement mobilisés demeurent sans commune mesure avec ces montants.

    En l’absence d’engagements financiers solides, les pays vulnérables craignent que le GGA se transforme en un cadre essentiellement normatif, sans traduction concrète sur le terrain. Pour les chercheurs et les praticiens associés à l’IESD, l’enjeu sera de suivre de près la manière dont les partenaires techniques et financiers alignent leurs instruments sur ce cadre, et si celui-ci contribue effectivement à renforcer la capacité institutionnelle, la planification climatique et la résilience des communautés locales.

    4.2. Le rôle des pays émergents : entre solidarité Sud–Sud et concurrence pour l’influence

    Comme à la COP29, les pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, Indonésie, etc.) ont occupé un rôle croissant à Dubaï. Ils se positionnent à la fois comme alliés stratégiques des pays en développement dans les négociations sur la finance et les fossiles, et comme fournisseurs de solutions technologiques à travers des projets Sud–Sud en énergies renouvelables, infrastructures et agriculture résiliente.

    Pour les PMA, cette dynamique ouvre des opportunités de diversifier leurs partenariats, mais pose aussi une question de gouvernance : comment s’assurer que ces coopérations Sud–Sud soient alignées avec les priorités nationales d’adaptation et n’aggravent pas une dépendance à de nouvelles formes de dette ou de captation de ressources ? La réflexion sur les règles communes, la transparence et les garantis sociales devient un enjeu central de recherche.

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    5) Gouvernance climatique et articulation COP28–COP29 : un continuum critique

    Carte du monde stylisée illustrant différents blocs de négociation climatique
    De Dubaï à Bakou : un continuum de négociations sur la finance, les fossiles et l’adaptation.

    5.1. COP28 comme matrice de la diplomatie climatique des années 2020

    La COP28, avec son Global Stocktake, son cadre pour l’adaptation et l’opérationnalisation du Fonds « Pertes et dommages », constitue désormais une matrice structurante pour la diplomatie climatique des prochaines années. Elle introduit un langage révisé sur la sortie des énergies fossiles — première mention explicite dans une décision de la COP — tout en clarifiant plusieurs points institutionnels liés à la gouvernance des financements climat et au suivi des trajectoires nationales. Elle confirme également la montée en puissance des pays émergents comme un bloc diplomatique autonome, capable de peser simultanément sur les négociations technologiques, financières et réglementaires.

    Cependant, cette conférence laisse largement intactes les grandes lignes de fracture du régime climatique international. On observe :

    • Une fracture Nord–Sud persistante, liée à la responsabilité historique des émissions et à la répartition effective de l’effort de transition, notamment dans le financement de l’adaptation et le respect des engagements financiers du Nord.
    • Une fracture intra-Sud, de plus en plus visible, entre les PMA et les pays émergents, aux priorités stratégiques divergentes.
    • Une fracture sociale entre les décisions prises à Dubaï et les réalités des communautés vulnérables, confrontées à l’insécurité hydrique, alimentaire ou sanitaire.

    En définitive, si la COP28 pose les bases d’un nouveau cycle diplomatique, elle ne referme aucune des lignes de tension structurelles du système climatique mondial. Les décisions adoptées appellent un travail renforcé de traduction opérationnelle, d’équité et de financement, afin de réduire le fossé entre ambitions internationales et capacités locales.

    5.2. De COP28 à COP29 : le passage de l’exercice de diagnostic à la renégociation de la finance

    Si la COP28 a été la COP du diagnostic global, la COP29, organisée à Bakou, est déjà annoncée comme celle de la renégociation de la finance climat à travers le Nouvel Objectif Collectif Quantifié (NCQG). Les PMA voient dans ce continuum une opportunité de transformer le bilan du GST en levier pour exiger un changement d’échelle des financements.

    L’enjeu majeur sera de savoir si les conclusions de Dubaï – sur le retard de l’action, la nécessité de tripler les renouvelables, d’accélérer la sortie des fossiles et d’adapter les sociétés – seront traduites, à Bakou, en engagements financiers chiffrés, prévisibles et équitables. Pour les PMA, il s’agit de passer d’une logique de « diagnostic » à une logique de réparation et de solidarité opérationnelle.

    6) Recommandations de recherche et de plaidoyer pour l’IESD

    Chercheurs analysant des données climatiques et financières
    Pour l’IESD : relier diagnostic scientifique, finance climat et justice pour les PMA.

    Pour les chercheurs seniors, les jeunes chercheurs et les décideurs associés à l’IESD, la COP28 offre un agenda de travail dense et exigeant, structuré autour de quatre axes principaux qui définissent les priorités analytiques des prochaines années :

    1. Analyse du GST du point de vue des PMA

    Décliner les grandes conclusions du Bilan mondial en diagnostics pays et régionaux, afin d’identifier les goulots d’étranglement spécifiques : endettement croissant, fragilité institutionnelle, déficits d’infrastructures critiques, exposition accrue aux aléas climatiques. L’objectif est de produire des feuilles de route « adaptation + résilience » compatibles avec les capacités réelles des administrations et des communautés locales.

    2. Évaluation de la qualité de la finance climat

    Distinguer de manière systématique dons, prêts, instruments innovants et flux privés mobilisés afin d’évaluer l’additionnalité réelle des financements, leur impact sur la soutenabilité macroéconomique des PMA et la pertinence des nouveaux outils (garanties, blended finance, green bonds) pour les pays à faible revenu.

    3. Suivi de la mise en œuvre du Fonds « Pertes et dommages »

    Analyser la gouvernance, les critères d’accès, les premiers projets financés et leurs effets redistributifs. L’IESD devra également examiner les articulations entre ce fonds, les mécanismes d’assurance régionale et les dispositifs d’aide d’urgence, afin d’identifier les complémentarités ou les risques de duplication.

    4. Cartographie des coopérations Sud–Sud

    Documenter le rôle des pays émergents dans le financement et la diffusion de technologies bas carbone au sein des PMA : identification des bonnes pratiques, analyse des transferts technologiques, et étude des risques géopolitiques (dépendances industrielles, conditions de financement opaques, asymétries de pouvoir).

    En somme, la COP28 devient un cadre stratégique de recherche qui mobilise l’expertise de l’IESD pour accompagner les trajectoires de résilience et de transition des pays les plus vulnérables.

    Encadré IESD : Pistes prioritaires après COP28

    • Construire un observatoire IESD de la finance climat, combinant données du GST, de l’OCDE et des fonds multilatéraux, avec un focus PMA.
    • Développer des canevas de notes conceptuelles pour les PMA sur le Fonds Pertes et dommages et l’Objectif mondial d’adaptation.
    • Renforcer la formation des jeunes chercheurs à la lecture critique des textes de COP et à l’analyse des compromis diplomatiques.
    • Produire des briefs stratégiques à destination des ministères des finances et de la planification des PMA, pour intégrer les résultats de COP28 dans les budgets nationaux.
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    Lexique

    Terme Définition
    Atténuation climatique Ensemble des stratégies, technologies et politiques visant à réduire l'ampleur du changement climatique en diminuant les émissions de gaz à effet de serre, en renforçant les puits naturels de carbone et en transformant les systèmes énergétiques, agricoles et industriels vers des modèles sobres en carbone.
    Transition énergétique Processus de transformation progressive d'un système basé sur les combustibles fossiles vers un modèle fondé sur les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, les technologies propres et la réduction définitive de la dépendance au pétrole, au charbon et au gaz.
    Adaptation climatique Ensemble des mesures destinées à anticiper, réduire ou gérer les impacts du changement climatique sur les populations, les infrastructures, les écosystèmes et les activités économiques, afin d’augmenter la résilience globale des sociétés.
    Finance carbone Mécanismes économiques utilisant la valeur monétaire du carbone pour encourager la réduction des émissions via les marchés carbone, les crédits de compensation, la tarification carbone et les investissements dans des projets climatiques certifiés.
    Neutralité climatique État dans lequel les émissions anthropiques de gaz à effet de serre sont entièrement compensées par des absorptions certifiées, des puits carbone naturels ou technologiques, permettant d’atteindre un solde net nul compatible avec l’objectif de 1,5°C.
    Résilience communautaire Capacité d’une communauté à préparer, absorber, récupérer et s’adapter efficacement aux chocs climatiques, sociaux ou environnementaux, en mobilisant ses ressources locales, ses compétences et ses réseaux de solidarité.
    Justice climatique Approche visant à garantir que les politiques et mesures climatiques respectent l’équité, protègent les populations vulnérables et répartissent justement les responsabilités et bénéfices de la transition écologique.
    Biodiversité fonctionnelle Dimension de la biodiversité qui considère le rôle et les fonctions des espèces au sein des écosystèmes, assurant leur stabilité, leur productivité et leur capacité à résister aux perturbations.
    Économie circulaire Modèle économique visant à optimiser l’utilisation des ressources en réduisant les déchets, en prolongeant la durée de vie des produits, en encourageant le recyclage, la réparation et la mutualisation, afin de minimiser l’impact environnemental.
    Gestion durable des sols Pratiques agricoles et environnementales visant à protéger la fertilité, la biodiversité et la stabilité des sols tout en préservant leur capacité à assurer la sécurité alimentaire et le stockage de carbone.
    Décarbonation industrielle Processus permettant aux secteurs industriels de réduire drastiquement leurs émissions par l’innovation technologique, l’efficacité énergétique, l’électrification, l’hydrogène vert, la capture du carbone et l’économie circulaire.
    Transition alimentaire durable Transformation des systèmes alimentaires en faveur de modes de production plus respectueux de l’environnement, de régimes alimentaires plus sains, d’une consommation responsable et d’une réduction de l’empreinte carbone de la chaîne alimentaire.
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    Ressources officielles et approfondissements

    Pour prolonger l’analyse de la COP28 et replacer ses résultats dans une perspective de recherche sur les PMA et les pays émergents, les ressources suivantes peuvent être mobilisées :

    Ressources officielles et approfondissements

    Pour prolonger l’analyse de la COP28 et approfondir les enjeux pour les PMA et les pays émergents, le chercheur pourra mobiliser les ressources suivantes :

    Source Type Utilité pour la recherche Lien
    CCNUCC / UNFCCC – Portail COP28 ONU – page COP Textes officiels, décisions, documents de session et publications du GST. unfccc.int/cop28
    GIEC / IPCC Organe scientifique Rapports d’évaluation, scénarios d’émissions, budgets carbone et analyses scientifiques. ipcc.ch
    Fonds Vert pour le Climat (FVC) Mécanisme financier Projets approuvés, guichets d’accès direct, décisions du Conseil, financement de l’adaptation. greenclimate.fund
    PNUD / UNDP Programme des Nations unies ODD, résilience, finance climat, renforcement des capacités des PMA. undp.org
    IISD – Earth Negotiations Bulletin Observateur onusien Comptes rendus quotidiens, analyses indépendantes des négociations et synthèses thématiques. enb.iisd.org

    Coulisses & moments inattendus de la COP28

    Caricature humoristique de négociateurs à la COP27 à Sharm El-Sheikh
    Un clin d’œil humoristique pour détendre l’ambiance au bord de la mer Rouge, sans rien enlever au sérieux des discussions.

    Au-delà des annonces, tableaux et paragraphes juridiques, la COP28 a été marquée par des scènes humaines, parfois inattendues, qui révèlent la façon réelle dont se construit la gouvernance climatique. Ces moments de tension, d’improvisation ou de rapprochement diplomatique soulignent la complexité des équilibres en jeu à Dubaï.

    Ces instants informels ne sont jamais anecdotiques : ils influencent l’atmosphère des négociations, facilitent des compromis difficiles et rappellent que, derrière les positions officielles, ce sont des personnes – fatiguées, sous pression, parfois drôles – qui construisent les textes finaux.

    Une bataille de climatisation pendant les sessions techniques

    Lors de la deuxième semaine, la salle où se tenait un groupe de travail sur la transparence était si fortement climatisée qu’un négociateur des PMA a enfilé une écharpe en pleine intervention. La situation a brièvement interrompu la discussion, suscitant des sourires, avant qu’un technicien ne réduise la ventilation.

    Cet incident a involontairement adouci l’atmosphère d’un débat plutôt tendu sur les rapports biennaux.

    Un seul mot bloque la discussion : « transitionnel »

    Lors de la rédaction du passage sur la sortie des combustibles fossiles, les délégations se sont retrouvées bloquées pendant une heure sur le mot « transitionnel ». Les pays producteurs insistaient pour l’inclure, les PMA le refusaient, craignant qu’il ne dilue l’objectif de réduction.

    Ce débat linguistique a cristallisé l’affrontement entre ambitions climatiques et réalités géopolitiques.

    Une panne de micro qui change la dynamique

    Pendant une séance sur les pertes et dommages, le micro du modérateur a cessé de fonctionner. Les participants ont alors dû se rapprocher physiquement pour suivre les interventions. Ce moment inattendu a favorisé un échange plus « humain » entre des délégations habituellement très formelles.

    Une panne technique a ainsi permis d’accélérer l’émergence d’un compromis sur les modalités du fonds.

    Les « corridor talks » : l’art du compromis improvisé

    Dans un couloir menant aux salles plénières, un petit groupe composé d’un pays de l’UE, d’un émergent et de deux PMA s’est improvisé « groupe de rapprochement ». Ensemble, ils ont reformulé un paragraphe litigieux sur la transition énergétique pour qu’il soit acceptable par tous.

    Ce groupe informel, jamais mentionné publiquement, a influencé une partie du texte final sur l’énergie.

    Un pavillon saturé qui devient un point névralgique

    Le pavillon des pays vulnérables a été si fréquenté que plusieurs événements ont dû être déplacés vers des salles plus grandes. Journalistes, bailleurs, ONG : tout le monde voulait assister aux sessions consacrées à la justice climatique.

    Cela a confirmé que l’agenda des PMA prend une importance grandissante dans les COP récentes.

    Quand un traducteur improvisé sauve une négociation

    Lors d’une réunion technique, une délégation africaine ne parvenait pas à intervenir, car le système d’interprétation simultanée rencontrait une panne. Après plusieurs minutes de flottement, un jeune négociateur parlant trois langues s’est proposé spontanément pour traduire les échanges. Cette initiative a permis de maintenir le rythme et d’éviter le report de la session.

    Ce moment a montré l’importance cruciale de l’humain et de la coopération informelle dans un processus souvent dominé par la technique.

    Une intervention surprise de la société civile

    Lors d’un panel technique, une représentante d’une ONG a décidé d’intervenir spontanément pour rappeler les engagements non tenus depuis la COP26. Bien que non prévue à l’agenda, son intervention a reçu un soutien massif dans la salle.

    Cette prise de parole inattendue a mis une pression supplémentaire sur les pays réticents.

    Une maquette 3D qui déclenche un débat inattendu

    Lors d’une présentation sur les infrastructures résilientes, une délégation a projeté une maquette 3D montrant une ville adaptée aux vagues de chaleur extrême. La simulation, très réaliste, a surpris plusieurs négociateurs qui ont commencé à débattre spontanément sur les priorités d’investissement et la faisabilité réelle de telles infrastructures.

    Cette présentation non prévue a accéléré la discussion sur l’adaptation urbaine et mis en lumière l’urgence d’anticiper les extrêmes climatiques dans les grandes métropoles.

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