Le futur « Nouvel Objectif Chifré Collectif » (NCQG) devait être l’une des grandes concrétisations de la COP30.
Successeur de la promesse des 100 milliards USD par an, il était présenté comme le nouveau pilier de l’architecture
financière internationale. Mais à Belém, les discussions ont davantage révélé les fractures profondes que les points de convergence.
Les pays développés ont plaidé pour un objectif flexible, évolutif, adossé à une logique de co-financement public–privé.
Les PMA et les petits États insulaires, eux, ont rappelé que la réalité de terrain exige des fonds prévisibles, accessibles et
largement basés sur des dons afin d’éviter d’aggraver le surendettement. Au fil des nuits de négociation, cette divergence de
philosophie n’a pas disparu : elle a simplement été enveloppée dans un langage diplomatique soigneusement ambigu.
Le débat s’est aussi cristallisé autour des contributeurs potentiels : les pays développés souhaitaient élargir la base
aux grandes économies émergentes, tandis que celles-ci invoquaient les responsabilités historiques du Nord. Ce blocage structurel explique
pourquoi, au terme de la COP30, Belém n’a permis que des engagements indicatifs, sans chiffres fermes ni trajectoire pluriannuelle
clairement définie.
Pour les PMA, le NCQG est bien plus qu’un montant agrégé : il conditionne l’adaptation, la résilience, l’accès à l’énergie,
la sécurité alimentaire et même la stabilité politique. Un objectif faible ou non contraignant prolongerait les inégalités climatiques
et compromettrait toute trajectoire alignée avec 1,5 °C. Les délégations des PMA ont insisté pour que la notion de
vulnérabilité structurelle soit explicitement mentionnée comme critère clé d’allocation des futurs flux financiers.
Le texte final adopté à Belém acte donc un compromis minimal : le principe d’un NCQG plus élevé que les 100 milliards, une
référence à la nécessité d’augmenter la part des dons et des financements concessionnels, et la promesse d’un mécanisme de révision
périodique. En revanche, il laisse entiers plusieurs points cruciaux pour les PMA : volume global, répartition dons/prêts, place réelle
de l’accès direct et calendrier de mise en œuvre.
En quittant Belém, de nombreuses délégations PMA jugent que le NCQG reste une équation incomplète. La COP30 a clarifié le cadre
politique et posé quelques garde-fous, mais elle n’a pas répondu à la question essentielle : d’où viendront les ressources à la
hauteur des impacts déjà visibles ? Pour ces pays, la bataille du NCQG se poursuivra donc bien au-delà de Belém, dans les
préparations des prochaines COP et au sein des institutions financières internationales.